(Crédit: Tsahal)

Tsahal et la politique

Gadi Eisenkot est actuellement l’homme le plus courtisé d’Israël. L’ancien chef d’état-major de Tsahal, qui a raccroché l’uniforme à la fin de son mandat à la tête de l’armée israélienne en 2019, ne s’est toujours pas prononcé, alors que les offres de ralliement à différents partis politiques sont régulièrement relayées par la presse. Techniquement, il peut briguer un mandat de député et siéger à la Knesset, mais en revanche, il ne lui sera pas possible de siéger au gouvernement avant 2022. Ce qui pourrait l’inciter à passer son tour et attendre les élections suivantes, s’il a l’intention de rejoindre un parti qui a des chances de se retrouver dans la coalition gouvernementale.

Cela fait longtemps que la classe politique israélienne puise ses ressources humaines dans les rangs des officiers supérieurs de Tsahal. A cela une raison simple : Tsahal est considéré comme l’armée du peuple et les Israéliens classent toujours l’institution en première place dans leur cote de confiance. Ceux qui ont défendu le pays sous l’uniforme, sont du même coup considérés comme les gardiens de la démocratie. Ils ont été nombreux à entrer en politique dès le début de l’Etat, d’abord au sein du Mapaï, le parti de Ben Gourion, avant d’élargir leur présence à d’autres partis, voire en fondant leur propre mouvement. L’ancien général de Tsahal qui aura eu la carrière politique la plus riche, reste probablement Ariel Sharon, qui a rejoint le Likoud, occupé de nombreux portefeuilles ministériels, avant de devenir chef du gouvernement et de fonder son propre parti Kadima. Sharon est certainement l’ancien militaire à avoir le mieux intégré et maitrisé les codes de la politique.

Les anciens chefs d’état-major sont nécessairement moins nombreux. Et d’ailleurs jusqu’à présent, ils sont seulement deux à avoir occupé le fauteuil de Premier ministre : Itzhak Rabin et Ehud Barak. Et tous ne développent pas forcément en politique les capacités qu’ils avaient montrées dans leur passé militaire. Le meilleur exemple, ou en tout cas le plus récent, est celui du parti Bleu Blanc. Résultat de l’alliance de quatre partis, dont celui du « civil » Yaïr Lapid, il comptait à sa tête, avant sa scission il y a six mois, pas moins de trois anciens chefs d’état-major de Tsahal : Benny Gantz, Gaby Ashkenazi et Moshe Yaalon. Mais c’est en partie cet excédent de chefs qui a conduit à l’explosion du groupe. Benny Gantz a quitté la formation avec Gaby Ashkénazi et la moitié de ses élus pour rejoindre le gouvernement de Benyamin Netanyahou, tandis que Moshe Yaalon restait dans l’opposition avec Yaïr Lapid. Et les deux débutants en politique ont rapidement montré leurs limites face à l’expérience et la capacité manœuvrière de Netanyahou. On ne s’adapte pas en quelques mois au monde politique quand on a servi près de quarante ans dans l’armée.

Cela ne retire rien aux qualités ni aux mérites de ces officiers qui ont consacré leur vie au service public. Mais tout comme les grandes entreprises israéliennes ont peu à peu cessé de recruter d’anciens généraux pour leurs postes de direction pour leur préférer des spécialistes compétents, les partis apprennent à leur tour qu’un chef d’état-major n’est pas toujours une garantie de succès politique.

Pascale Zonszain