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L’échec du centre israélien

On a rappelé ici mercredi comment la liste centriste Bleu Blanc s’était formée autour de quatre partis, et comment elle s’était scindée en deux groupes, celui qui a suivi Benny Gantz dans la coalition, et celui qui est resté autour de Yaïr Lapid, dans l’opposition.

Sans préjuger de l’issue de la crise actuelle ni de la date de la prochaine échéance électorale, il faut constater qu’une fois encore, un parti centriste israélien risque de ne pas survivre à son éclatement. Car ce n’est pas le premier épisode du genre. Il y a tout juste quinze ans, un autre parti centriste avait fait une trajectoire météorique dans le paysage politique d’Israël, avant de s’effondrer quelques années plus tard. C’était le parti Kadima, créé par Ariel Sharon. Le Premier ministre Likoud venait de retirer Israël de la Bande de Gaza. Il entrainait derrière lui une partie des élus du Likoud, et ralliait aussi des personnalités travaillistes comme Shimon Peres. En 2006, sous la direction d’Ehud Olmert, Kadima devenait le premier parti centriste à diriger le pays, alors que jusque-là, seuls le parti Travailliste et le Likoud avaient détenu la majorité. En 2009, Kadima, mené cette fois par Tsipi Livni, remportait encore les élections, mais sans parvenir à former une coalition et avait dû passer la main au Likoud de Benyamin Netanyahou. Le parti s’était ensuite progressivement affaibli, jusqu’à disparaitre tout à fait en 2015.

Le centre de l’échiquier politique israélien a toujours été représenté depuis la fin des années 70. Plutôt un parti d’appoint, il se rallie tantôt à la gauche, tantôt à la droite. Le premier du genre avait été le parti Dash, fondé par Yigal Yadin, qui avait rejoint la coalition de Menahem Begin en 1977. D’autres avaient suivi, comme le parti Shinouï de Tomy Lapid, le père de Yaïr Lapid, l’actuel chef de l’opposition et leader du parti Yesh Atid, lui aussi donc, centriste.

Ce qui caractérise ces partis, c’est un positionnement laïc, libéral, partisan de l’économie de marché mais aussi d’une politique sociale et une vision prudente sur le règlement du conflit israélo-palestinien. Un mix de gauche et de droite. Le parti Yesh Atid, créé en 2012, avait d’ailleurs lui aussi drainé des personnalités ancrées à gauche, avant d’amorcer un virage plus droitier. Ce n’est qu’en s’alliant en 2019 avec Benny Gantz, ancien chef d’état-major et nouveau venu en politique, que Yaïr Lapid constitue une véritable force politique. Mais son parti seul, n’a jamais réussi à franchir la barre des vingt mandats au parlement.

Plus identifiés à leur tête de liste qu’à leur idéologie, les partis centristes ne sont pas non plus des partis sectoriels, comme les partis arabes, russes ou orthodoxes. Ils ont bénéficié au fil des années de l’affaiblissement du parti Travailliste, mais aussi d’une certaine droitisation de l’électorat, en récupérant des électeurs de la droite modérée. Mais ces partis centristes manquent toujours d’un pivot assez solide pour fidéliser une large base électorale. Et peut-être aussi d’un leader.  

Pascale Zonszain