(Crédit: capture d'écran)

Israël en crue

De la Galilée au nord, jusqu’à Ashkelon au sud, c’est presque toute la plaine côtière d’Israël qui a été touchée jeudi par de très fortes pluies. La tempête avait commencé dans la nuit, provoquant des inondations, notamment dans la banlieue de Tel Aviv. Le lendemain matin, les averses avaient continué à balayer la région, entrainant une rapide montée des eaux.  A Ashkelon, un tronçon de route s’est effondré. A Herzliya, il a fallu évacuer une quarantaine d’enfants surpris par la montée des eaux dans leur école maternelle et la gare a dû être fermée. Dans de nombreuses villes, l’eau est montée, parfois de plusieurs dizaines de centimètres, comme dans certaines rues de Tel Aviv, bloquant les voitures et inondant des parkings et des sous-sols. Les pompiers ont dû effectuer des dizaines d’interventions.

Les pluies à cette période de l’année n’ont rien d’inhabituel en Israël, sauf que leur intensité sur une courte durée devient beaucoup plus forte depuis quelques années. Et le problème, c’est qu’elles se concentrent sur la région la plus peuplée et donc la plus urbanisée du pays. Or, les infrastructures existantes sont insuffisantes pour assurer l’écoulement des eaux de pluie. Et c’est ce qui se passe aussi dans des zones où la pluie continue à ruisseler parce qu’elle ne parvient pas à s’infiltrer dans le sol, jusqu’à s’accumuler dans les points les plus bas, provoquant des inondations. Et les cours d’eau comme le Yarkon, qui traverse Tel Aviv, restent secs une bonne partie de l’année, mais leur niveau monte très rapidement avec les premières pluies, jusqu’à entrainer des crues.

Et la poursuite de la construction, dans la région qui héberge déjà plus des deux tiers de la population du pays, réduit encore les possibilités d’écoulement naturel. Trop de surfaces « imperméables », comme les routes et les trottoirs bloquent l’eau en surface, qui va entrer partout où elle peut, avec les dégâts qui s’ensuivent.

Si le changement climatique  est partiellement responsable de ce phénomène qui se répète maintenant presque tous les automnes, la politique d’aménagement du territoire et en particulier d’urbanisme, ne s’est pas encore adaptée. Dans le centre d’Israël et la région du Gush Dan – Tel Aviv et ses environs – les zones construites produisent cinq fois plus de ruissellement que les zones naturelles. Et dans ce secteur, l’urbanisation devrait encore être doublée d’ici 2050.

Des programmes sont pourtant à l’étude pour modifier les règlementations en matière de construction. Par exemple, les promoteurs de projets immobiliers devront intégrer dans leurs plans l’évacuation des eaux de pluie, proportionnellement à la surface utilisée, par infiltration naturelle et par un meilleur système d’évacuation. Il faut aussi la création d’une autorité nationale qui devra planifier et mettre en place une politique générale de gestion des eaux de pluie. Les projets existent. Il leur reste seulement à être concrétisés.

Pascale Zonszain