(Crédit: unité du porte-parole de Tsahal)

Le message israélien en Syrie

Quand Israël revendique une frappe, il fournit tous les détails. Les informations sur le raid de l’aviation de Tsahal, dans la nuit du 16 novembre, contre des objectifs dans les sud de la Syrie, donnent une idée du niveau et de la précision des renseignements dont dispose Israël de l’autre côté de la frontière.  Pas moins de huit objectifs ont été visés, dans la région de Damas et sur le Golan syrien : parmi eux un poste de commandement de l’armée syrienne et un complexe militaire iranien près de l’aéroport de Damas.

Et il y a une grande activité dans cette région de la Syrie. Parmi les forces en présence, on recense principalement : l’armée syrienne : elle a repris une partie de ses positions dans le sud du pays et dispose de batteries de défense aérienne qu’elle a déjà utilisées contre des chasseurs de Tsahal. Plusieurs de ces batteries ont d’ailleurs été neutralisées par l’aviation israélienne lors de différents raids.

Le Hezbollah : la milice chiite libanaise pro-iranienne a déployé deux unités dans le sud et sur le Golan syrien, qui fonctionnent aussi partiellement dans les rangs de l’armée syrienne. Elles ont pour mission de collecter de l’information sur les mouvements de l’armée israélienne et de perpétrer des attaques ponctuelles. Elles sont composées de miliciens du Hezbollah et d’agents locaux, qui connaissent parfaitement le terrain.

La force al Qods : c’est certainement l’information la plus importante révélée cette semaine par Tsahal : la présence de l’unité 840 de l’organisation iranienne, et dont le rôle est de planifier et d’organiser une infrastructure terroriste à l’extérieur de l’Iran. C’est elle qui opère notamment dans les pays occidentaux et contre des opposants au régime de Téhéran. Ce sont des membres de l’unité 840 qui ont placé des mines antipersonnel dans la zone tampon qui sépare la Syrie d’Israël, sur le versant israélien du Golan.

Et il existe encore différentes milices sous contrôle iranien et composées de combattants chiites afghans et pakistanais.

On sait que dans cette « campagne entre les guerres », la doctrine de Tsahal appliquée pour le front syrien depuis quelques années, ce sont surtout des opérations sans signature qui sont réalisées, de façon à ne pas engager l’ennemi dans l’escalade.  Ce sont des actions préventives qui visent à freiner l’implantation de l’Iran à portée de missiles du territoire israélien. Mais le raid du début de la semaine est différent, car il s’agit d’une riposte à une violation de souveraineté, et qui du point de vue d’Israël exigeait une réponse claire et non proportionnelle.   

Il faut y voir d’abord un message à l’Iran : Israël est parfaitement renseigné sur son déploiement, ses bases, ses équipements et peut les frapper ponctuellement quand il l’estime nécessaire. Il est possible aussi que de telles frappes s’intensifient dans les semaines et les mois à venir, pour faire comprendre à Téhéran, qu’il ne laissera pas marquer des points sur le terrain, en attendant l’investiture du prochain président américain.

Et la frappe israélienne de cette semaine est aussi un message aux Etats-Unis : si la nouvelle administration Biden décide de reprendre des pourparlers avec l’Iran pour réintégrer les Etats-Unis dans l’accord international sur le nucléaire iranien, elle devra prendre en compte la présence de l’Iran sur le front nord d’Israël.

Pascale Zonszain