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L’Autorité Palestinienne normalise ses relations avec Israël

L’annonce est tombée à quelques heures de la visite en Israël du Secrétaire d’Etat américain. Même si Mike Pompeo représente l’administration sortante du président Trump, ce n’est certainement pas un hasard si le président palestinien a choisi ce moment pour renouer le dialogue avec Jérusalem.

Plusieurs raisons à cela. Pour ce qui est probablement la dernière visite officielle en Israël de Mike Pompeo, Mahmoud Abbas tenait à faire savoir que, de son point de vue, il était déjà tourné vers l’après-Trump et la nouvelle administration démocrate. Il escompte donc que les dirigeants israéliens en feront autant et comprendront qu’à Washington, la transition est déjà en marche. Mais dans le même temps, le dirigeant palestinien valide en quelque sorte la normalisation israélo-arabe de ces derniers mois, qu’il avait pourtant fermement dénoncée, comme un abandon de la cause palestinienne.

On se souvient que les relations américano-palestiniennes s’étaient considérablement dégradées au cours des quatre années écoulées. Donald Trump avait pratiquement asséché le financement américain à l’Autorité Palestinienne, qu’il soit direct ou versé par l’intermédiaire des organisations internationales subventionnées par les Etats-Unis. La fermeture du bureau de l’OLP à Washington, puis la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël, suivie par le transfert de l’ambassade des Etats-Unis, avaient encore détérioré le climat diplomatique. Et le rejet par Ramallah du plan de paix de Donald Trump, avant même qu’il en ait donné le contenu, avait achevé de saper tout rapprochement possible.

Mais c’est en mai dernier que Mahmoud Abbas avait donné le coup de grâce, en annonçant la rupture des relations entre l’Autorité Palestinienne et Israël. Il refusait déjà la décision israélienne de déduire des taxes perçues pour l’Autorité Palestinienne, le montant des salaires et des subventions versées aux familles des terroristes. Et lorsque Benyamin Netanyahou avait annoncé son intention, avec l’investiture de son nouveau gouvernement, de mettre en œuvre l’annexion des implantations de Judée Samarie, Mahmoud Abbas avait donc décidé de tout arrêter, y compris la coordination sécuritaire avec Israël.

Si  le dirigeant palestinien a décidé ce rétropédalage, c’est donc parce qu’il espère reprendre les relations avec les Etats-Unis au point où elles s’étaient arrêtées à la fin du mandat de Barack Obama et que le président Biden sera dans les mêmes dispositions que le précédent président démocrate. Mais Mahmoud Abbas est aussi guidé par des préoccupations plus immédiates et plus locales. Depuis qu’il refuse de recevoir les taxes perçues par Israël, ce sont plus de 700 millions d’euros qui manquent dans les caisses de l’Autorité Palestinienne. L’économie des territoires subit aussi les effets de l’absence d’aide américaine, et même les milliers de journaliers palestiniens qui vont encore travailler en Israël, ne suffisent pas à combler le déficit. Dans les agglomérations palestiniennes, le chaos et la criminalité grimpent en flèche,  et le régime de Mahmoud Abbas est aussi menacé par le Hamas. Le chef de l’Autorité Palestinienne avait donc un besoin urgent de normaliser lui aussi ses relations avec Israël.

Pascale Zonszain