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L’enjeu du Golan

Le ministre israélien de la Défense a été clair: « nous ne laisserons pas passer l’incident. C’est le régime syrien qui est responsable » a affirmé Benny Gantz, quelques heures après la découverte de plusieurs mines sur le côté israélien de la frontière, dans le sud du Golan. Les artificiers du génie ont neutralisé les charges, dont on ne sait pas encore quand elles ont été disposées. Et c’est à peu près au même endroit qu’il y a trois mois, l’unité commando Maglan avait abattu quatre terroristes venus de Syrie, qui venaient placer des charges explosives dans un poste désaffecté de Tsahal.

Depuis que Bashar al Assad a progressivement repris le contrôle de son territoire, notamment dans le sud, avec l’aide de l’Iran, des milices pro-iraniennes et en particulier le Hezbollah se sont rapprochés de la frontière israélienne. La frontière avec la Syrie est devenue une zone particulièrement surveillée par les forces de sécurité israéliennes, pour prévenir ce type d’incursion terroriste. Mais Tsahal doit aussi effectuer des actions préventives, parfois revendiquées mais le plus souvent sans confirmation publique, pour empêcher l’Iran d’installer ses bases près de la frontière et d’y implanter des arsenaux de missiles, comme il l’a fait grâce au Hezbollah au sud Liban. C’est au cours d’un de ces raids, qui visait un entrepôt d’armes près de Damas, en juillet dernier, qu’un milicien du Hezbollah avait été tué. La milice chiite libanaise avait accusé Israël et promis des représailles. C’est depuis que la tension est remontée sur la frontière nord, du Liban à la Syrie. Lors d’un autre incident, Tsahal avait repoussé une tentative d’attaque d’un commando du Hezbollah dans le secteur de Har Dov. Et il y a environ une semaine, c’est un drone venu du Liban qui a été abattu par la défense israélienne.

Le mois dernier, Tsahal a effectué un exercice de grande ampleur sur le front nord, pour évaluer la réactivité et la préparation de ses troupes à différents scénarios d’attaques. Si le régime syrien n’est pas considéré par Israël comme une menace majeure, l’enjeu du Golan se joue surtout face à l’Iran et ses milices. On sait que Téhéran cherche à créer une seule ligne de front sur toute la frontière nord d’Israël. Il lui est d’autant plus important de renforcer sa position en Syrie, que du côté du Liban, la situation est devenue plus complexe pour le Hezbollah, qui y est considéré comme l’un des principaux responsables du chaos économique et politique dans lequel se débat le pays.

Cela dit, du point de vue d’Israël, cela ne diminue en rien la gravité de la menace de la milice chiite libanaise. Au contraire, le Hezbollah a déjà montré dans le passé, qu’il pouvait provoquer Israël pour créer une diversion et se présenter comme le défenseur du Liban. Les responsables de la défense israélienne estiment toutefois que l’organisation pro-iranienne ne cherche pas à ce stade une confrontation ouverte. Mais on sait que dans cette région, personne ne peut prédire les répercussions d’un incident, même limité.

Pascale Zonszain