La Radio Juive

Les femmes dans Tsahal: vers plus d’égalité ?

(Crédit: Tsahal)

Les juges de la Cour Suprême israélienne ont débattu cette semaine de deux requêtes, dont l’une présentée par une jeune soldate qui réclamait de pouvoir intégrer des unités d’élite de Tsahal. La jeune femme avait achevé avec succès une partie du cours de pilote, mais avait été recalée par la suite. Or, l’armée ne lui a proposé que des affectations secondaires, alors que ses collègues masculins dans la même situation, ont droit à une passerelle vers les unités d’élite, de par le haut niveau de formation qu’ils ont reçu dans leur formation de pilote. Les juges ont donné six mois à l’armée pour finaliser ses recommandations en cours pour l’extension de l’accès aux femmes de toutes ses unités combattantes.

Entre Tsahal et les femmes, c’est une longue histoire. Dans les organisations qui avaient précédé la création de l’Etat, les femmes combattaient aux côtés des hommes. Et quand Tsahal a été fondé, Ben-Gourion a voulu que ce soit l’armée du peuple, avec un service militaire obligatoire pour les hommes comme pour les femmes. Seulement, il n’était plus question pour les femmes de se retrouver en première ligne. Il faut attendre 1987, pour que soit annulée l’interdiction pour les femmes de servir dans des unités combattantes pour des raisons physiques.

Mais c’est à partir de 1995 que les choses commencent à changer réellement, avec l’arrêt Alice Miller, du nom de la jeune femme qui avait saisi la Cour Suprême, pour obtenir le droit de se présenter au très prestigieux cours de pilote de combat. Les juges avaient statué en sa faveur, au nom de l’égalité des sexes. Trois ans plus tard, Tsahal compte sa première femme pilote. Et ce n’est que depuis 2018 que l’aviation israélienne compte une femme chef d’escadrille.

Entretemps, Tsahal a continué à s’ouvrir à la mixité, sur le principe de l’égalité des chances. En 1996, des femmes sont affectées à des postes combattants dans les gardes-frontière. En 2004, c’est la création de Karakal, le premier bataillon mixte, qui sera suivi de trois autres. Des soldates intègrent aussi des unités de défense aérienne, de renseignements, d’instructeurs parachutistes, et des unités d’infanterie combattantes. Elles sont aussi admises dans la marine, et notamment dans le cadre d’un programme pilote de formation de six soldates sur des bâtiments lance-missiles. Et elles montent aussi en grade, puisqu’une première femme a été promue au grade de général de corps d’armée en 2011 et l’an dernier une femme a été la première nommée à la tête d’un bataillon.

Pourtant, la mixité dans les rangs de Tsahal cause encore des résistances et des tensions, notamment de la part des milieux religieux. Pour les jeunes gens religieux traditionnalistes et encore plus pour les orthodoxes, la proximité des femmes est un problème, et le commandement de Tsahal a du mal à concilier le principe d’égalité et le respect des sensibilités religieuses. On l’avait vu notamment lors de l’accès aux femmes des unités de blindés. Les rabbins avaient protesté contre la mixité des équipages de chars. Le programme d’essai a pourtant été prolongé il y a quelques mois.

En Israël, le concept de l’armée du peuple est un des symboles les plus forts du pays, et personne ne veut remettre en question le service obligatoire pour les femmes. Mais pour l’égalité absolue, il reste encore quelques plafonds de verre à franchir.

Pascale Zonszain

LE 11-11-20 - 09:00