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Comment Jérusalem se prépare à la transition à Washington ?

Samedi soir, le Premier ministre israélien a attendu près de douze heures après l’annonce par les grands médias américains de la victoire de Joe Biden, avant d’adresser un message de félicitations au candidat démocrate. Et Benyamin Netanyahou n’a pas pris son téléphone, préférant poster un message sur son compte Twitter. Message qu’il faisait d’ailleurs suivre d’un second, un quart d’heure plus tard, mais cette fois adressé au perdant et président sortant Donald Trump, pour le remercier de ses décisions pro-israéliennes durant son mandat.

Si le chef du gouvernement israélien a été si long à s’adresser au président élu des Etats-Unis, c’est qu’il est placé dans une position relativement inconfortable. Donald Trump reste en poste jusqu’à la fin janvier et il vaudrait mieux pour Benyamin Netanyahou ne pas s’attirer la mauvaise humeur de son allié républicain, tant qu’il siège à la Maison Blanche. Il peut se passer beaucoup de choses en trois mois. D’un autre côté, pas question non plus pour le Premier ministre israélien d’entamer ses relations avec le président démocrate du mauvais pied. C’est Joe Biden qui sera l’interlocuteur de Jérusalem pour les quatre ans à venir.

C’était d’ailleurs durant les trois derniers mois du mandat de Barack Obama, que Benyamin Netanyahou avait préféré boucler le dossier du renouvellement de l’aide militaire américaine, plutôt que de prendre le risque de le négocier avec Donald Trump, dont on ignorait à l’époque, comment il aborderait les relations américano-israéliennes. C’est donc pour consolider les acquis de ces quatre années, que le Premier ministre israélien tient à ménager l’administration sortante. Et aussi peut-être pour finaliser les marchés d’armement en cours, en particulier une possible acquisition de chasseurs F-22, pour compenser la vente américaine de 50 F-35 aux Emirats Arabes Unis.

Mais cette période de transition devra aussi être mise à profit pour établir la communication avec la nouvelle équipe qui va se mettre en place autour du président élu. Si l’amitié de Joe Biden pour Israël ne fait pas de doute, il s’agit encore de savoir à qui il va confier l’élaboration de sa politique proche-orientale. Et il ne suffira pas de se concentrer sur la Maison Blanche. Là où Donald Trump avait muselé les élus républicains et pris en grande partie le contrôle personnel de la politique étrangère, avec Joe Biden, le parti démocrate et le Congrès pourraient retrouver un rôle plus actif. C’est donc tout un réseau de contacts et d’influences qu’il va falloir réactiver rapidement.

De même qu’Israël ne pourra plus se permettre de se reposer sur la seule force de l’alliance stratégique bilatérale. La diplomatie israélienne devra être beaucoup plus présente sur tous les fronts. L’ancien ambassadeur israélien à l’ONU, Dany Danon, racontait qu’il avait pu comparer l’action américaine aux Nations Unies. « Pendant la présidence de Trump il nous suffisait de demander l’aide de nos collègues américains pour l’obtenir. Du temps d’Obama, il fallait travailler beaucoup plus dur et plaider notre cause avant d’avoir leur soutien » se souvient l’ancien diplomate. Et surtout, il ne faudra pas refaire l’erreur de se retirer du canal de discussions avec Washington sur le nucléaire iranien, si, comme il l’a annoncé, Joe Biden décide de ramener les Etats-Unis dans un accord avec Téhéran.

Pascale Zonszain