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Israël a-t-il besoin d’un ami à la Maison Blanche ?

Comme avec tous les pays avec lesquels il entretient des relations diplomatiques, mais encore plus avec les USA, Israël veille à maintenir une stricte neutralité politique, quelle que soit l’administration au pouvoir, d’autant plus que pour les Américains, les relations avec Israël sont d’abord un enjeu stratégique.

Il n’empêche que les affinités personnelles ou leur absence, entre tels ou tels dirigeants israéliens et américains, ont aussi influé sur les relations bilatérales. Le manque total d’atomes crochus entre Barack Obama et Benyamin Netanyahou, l’admiration déclarée George W. Bush pour Ariel Sharon, ou l’amitié de Bill Clinton pour Itzhak Rabin, ont sans aucun doute eu des effets sur la politique de Washington à l’égard de Jérusalem.

Dans ce contexte, la personnalité particulière et imprévisible de Donald Trump a joué, dans l’approche qu’a eue Benyamin Netanyahou de ses rapports avec le président républicain. Le chef du gouvernement israélien a compris qu’il devait abandonner le discours classique et policé d’alliance stratégique entre les deux pays, pour s’adapter à la vision du monde du chef de la Maison Blanche et le caresser dans le sens du poil.

Bien lui en a pris, puisque Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël et y a transféré l’ambassade américaine, qu’il a reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan et complètement bouleversé les paramètres de règlement du conflit israélo-palestinien, renonçant au passage à la position constante de la diplomatie américaine qui considérait les implantations comme contraires au droit international. Sans parler du retrait américain de l’accord international sur le programme nucléaire de l’Iran et la normalisation des relations d’Israël avec trois Etats musulmans.

Mais il ne faut pas oublier que si le président Trump a modifié les paradigmes de la vision américaine du Proche-Orient, c’est aussi parce qu’il a repris une politique isolationniste, entamée d’ailleurs par Barack Obama. En renforçant face à l’Iran ses alliés stratégiques régionaux – Israël et Etats arabes sunnites – le président républicain se donnait aussi les moyens de se retirer de la région. Il ne s’agit donc pas seulement d’affinités personnelles ou spirituelles, mais bien d’une vision stratégique de la part de Donald Trump, même si elle a pu lui attacher le soutien des chrétiens évangéliques américains.

Le fait pourtant que la politique de Donald Trump se rapproche de celle de la droite israélienne a certainement eu un effet sur les relations bilatérales. Après sept années passées face au président Obama, Benyamin Netanyahou n’avait plus à être sans cesse sur la défensive, à justifier sa politique face aux Palestiniens, ni à passer par les cuisines de la Maison Blanche pour obtenir une audience dans le Bureau Ovale. Sur le plan personnel, le chef du gouvernement israélien n’a pourtant guère à craindre d’une élection de Joe Biden, qui fut le vice-président d’Obama et qui s’est toujours déclaré comme un ami sincère d’Israël et s’y est toujours senti parfaitement à l’aise. Sa politique en revanche pourrait revenir à la position traditionnelle américaine, notamment sur le dossier palestinien.

Pascale Zonszain