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Ceux qui déconfinent avant l’heure

Parce qu’Israël était sorti trop vite du confinement en mai dernier, il a été l’un des premiers pays à être rattrapés par l’épidémie. Il serait donc logique qu’il continue à précéder les autres dans ses mesures dans la gestion de la crise du Covid. Mais les chiffres du Covid sont toujours trop élevés pour envisager rapidement un retour à la normale.

Ce qui explique que les politiques en soient encore à tâtonner et qu’ils peinent à concilier les contraintes sanitaires avec les réalités économiques et le comportement social. En Israël, on voit qu’en dépit de sa prolongation de quelques jours, le confinement a déjà du plomb dans l’aile. Dans les rues, de nombreux commerces ont toujours leur rideau baissé, mais d’autres tentent malgré tout de fonctionner. Des boutiques de décoration s’improvisent marchands de matériel électrique, des magasins de prêt-à-porter vendent des masques, des librairies proposent un service de livraison fictif pour servir leurs clients sans violer les consignes. Des numéros de téléphone placardés sur les vitrines font savoir aux passants qu’ils peuvent passer commande, payer par carte de crédit et recevoir leur marchandise en contactant les commerçants qui conviennent d’un point de rendez-vous à quelques mètres de leur boutique. Un système compliqué, mais qui permet de sauver quelques ventes dans la journée. Même les restaurants, les cafés et les vendeurs de falafels se débrouillent pour faire passer la vente à emporter pour de la livraison, seule formule autorisée pendant le confinement, mais que tous n’ont pas les moyens d’appliquer. Et seuls les commerces considérés comme essentiels, magasins d’alimentation, pharmacies, opticiens ou distributeurs et réparateurs de matériel électrique ou informatique, peuvent fonctionner sans restriction.

Mais pour beaucoup, le point de non-retour est déjà atteint. Au début de la semaine, un marchand de chaussures de Tel Aviv a déposé son stock sur le trottoir pour que les passants puissent se servir gratuitement. La vidéo a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Le commerçant a expliqué qu’il préférait en faire profiter le public, puisqu’il ne pourrait plus vendre sa marchandise.

Des milliers de commerçants et des petits artisans sont d’ailleurs déterminés à reprendre leur activité dès dimanche, même contre la décision du gouvernement. Même volonté de la part des chaines de vente de prêt-à-porter et de distribution dans les galeries et centres commerciaux, toujours fermés, qui ont annoncé qu’ils rouvriraient leurs magasins. Les amendes qu’ils risquent de payer, même lourdes, sont encore préférables à la poursuite de la fermeture, expliquent leurs représentants. Car les loyers des locaux commerciaux, les charges sociales, les remboursements d’emprunt bancaires et autres frais de fonctionnement n’ont pas disparu avec le confinement.

Le gouvernement israélien est donc placé dans une situation complexe. Il lui sera difficile de contenir un raz-de-marée de désobéissance, d’autant plus qu’il n’est pas politique mais économique et qu’il ne s’agit pas de contester la réalité de l’épidémie. Beaucoup de ceux qui annoncent qu’ils iront contre les consignes sont aussi les électeurs qui ont voté pour les partis actuellement au pouvoir.  

Pascale Zonszain