(Crédit: Kobi Gideon/GPO)

Les Israéliens réalistes pour Kippour

Selon une enquête publiée mercredi par l’Institut pour la Démocratie israélienne, 61% des Israéliens n’iront pas cette année à la synagogue pour Yom Kippour, contre 15% qui prévoient d’assister à l’intégralité des offices et 19% qui s’y rendront seulement pour une partie des prières. Ce sondage réalisé chaque année quelques jours avant Kippour, donnait l’an dernier, le résultat inverse avec seulement 39% des Israéliens qui déclaraient qu’ils n’iraient pas à la synagogue.

Donc, malgré la polémique qui fait rage ces jours-ci dans la classe politique, sur la fermeture des synagogues dans le cadre du reconfinement, le public israélien, lui, s’est déjà fait une idée assez nette de la situation. En Israël, comme en diaspora, la célébration du jour de Kippour dépasse la seule part des Juifs pratiquants. Les moins religieux sont également nombreux à se rendre à la synagogue, parfois pour leur seule visite de l’année. Et les synagogues voient leur affluence décupler pour le Kol Nidrei, l’office de veille de Kippour et le lendemain, pour la fin de la prière et la sonnerie du chofar.

Le sondage de l’Institut pour la Démocratie Israélienne est intéressant, dans la mesure où il recoupe aussi le découpage de la population juive israélienne et la façon dont elle définit son niveau de religiosité. Ceux qui déclarent à 73% être déterminés à se rendre à la synagogue dimanche soir et lundi, sont, sans surprise, les ultra-orthodoxes. L’an dernier, ils étaient 90%. Ceux qui sont 66% à dire qu’ils iront au moins à une partie de l’office, sont des traditionnalistes religieux. En 2019, ils étaient 80%. Quant aux traditionnalistes non religieux, ils sont 36% à avoir l’intention d’aller prier, contre 61% l’an dernier. Ce groupe hybride comprend aussi bien des Juifs non pratiquants, que des personnes attachées à la tradition, ou des Juifs anciennement pratiquants, mais qui conservent un lien religieux qu’ils expriment pour le jour de Kippour,  surtout leur appartenance à la communauté juive, d’où leur besoin d’être physiquement présents à la synagogue.

Si l’on poursuit l’analyse du sondage, ceux qui sont les moins nombreux à estimer qu’ils iront quand même à la synagogue cette année, ce sont les religieux, avec 59%. Ceux qui dans la définition israélienne, sont les religieux sionistes orthodoxes. En 2019, ils étaient 95% à affirmer leur intention de suivre l’office de Kippour.

Pourquoi ces chiffres sont révélateurs ? Parce qu’ils remettent en perspective le discours des politiques sur l’observance du rite de Kippour et la nécessité de maintenir les synagogues ouvertes en dépit de la situation sanitaire. En dépit de leur attachement à la tradition, les Israéliens sont conscients que cette année, il leur faudra s’adapter aux circonstances, justement pour respecter la valeur suprême du Judaïsme: la vie.

Pascale Zonszain