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L’Iran, les sanctions américaines et Israël

Sans surprise, Washington n’a été suivi ni par l’Europe ni par la Russie, ni par la Chine, en annonçant le retour des sanctions des Nations Unies contre l’Iran. Petit rappel: les sanctions économiques internationales avaient été prises contre l’Iran avant la conclusion à Vienne en 2015 du Protocole Conjoint par lequel les grandes puissances – Etats-Unis compris – étaient censées limiter et contrôler le programme nucléaire iranien pour veiller à ce qu’il ne conduise pas à la production de l’arme atomique. L’accord avait gelé les sanctions.

Israël s’était élevé contre les termes de l’accord, qu’il jugeait beaucoup trop conciliant et qui permettrait à l’Iran de reprendre son projet militaire dès son expiration. Mais ce n’est qu’avec l’élection de Donald Trump que Washington avait été plus réceptif aux arguments israéliens, jusqu’à ce que le président républicain annonce en 2018 le retrait pur et simple des Etats-Unis de l’accord de Vienne.

Déjà, il y a un mois, les Américains avaient échoué à faire voter par le Conseil de Sécurité de l’Onu la prolongation de l’embargo sur les armes contre Téhéran, qui arrive à expiration en octobre. Et cette fois, les Etats-Unis essaient de réactiver les sanctions internationales, sauf qu’aucun autre pays n’est prêt à les suivre, au motif qu’ils n’ont pas de base légale pour le faire.  Les Américains avaient déjà rétabli leurs propres sanctions contre l’Iran, après leur sortie de l’accord de Vienne. Mais à part Israël qui avait non seulement soutenu la mesure, mais qui avait aussi participé à son application par ses propres dispositifs de contrôle, quasiment aucun autre pays ne s’était aligné sur Washington. Seules les entreprises qui ne voulaient pas perdre leur entrée sur le marché américain en poursuivant des relations commerciales avec l’Iran, s’y étaient soumises.

Cette fois encore, il ne faut pas s’attendre à ce que l’annonce américaine fasse l’objet d’un soutien international. Israël se rangera au côté de l’administration Trump, et probablement aussi les Etats sunnites du Golfe Persique, dont Bahreïn et les Emirats Arabes Unis, qui viennent de faire la paix avec Israël.

C’est peut-être un premier test pour cette nouvelle coalition américano-israélo-sunnite, qui partage la même hostilité à l’Iran et ses visées hégémoniques et déstabilisatrices au Moyen-Orient. Elle semble toutefois assez peu dissuasive pour Téhéran, qui claironne que c’est l’administration Trump qui se trouve « du mauvais côté de l’histoire », mais qui semble aussi éviter la surenchère, escomptant que le président républicain ne sera pas réélu en novembre et qu’un démocrate à la Maison Blanche ferait mieux son affaire.

Il sera d’ailleurs aussi intéressant de voir si une élection de Joe Biden à la présidence aurait un impact sur le récent rapprochement entre Israël et des monarchies du Golfe, dont la liste pourrait encore s’allonger dans les semaines ou les mois qui viennent. Pour Israël en tout cas, il est d’autant plus crucial de renforcer ses alliances régionales face à l’Iran, si une nouvelle administration à Washington décidait de revenir à l’ouverture vers Téhéran.

Pascale Zonszain