(Crédit: Bureau du Premier ministre israélien)

Ne pas rater la paix économique

Entre Israël et l’Egypte, entre Israël et la Jordanie, la paix est stable. Les traités sont appliqués, respectivement depuis 1979 et 1994 et même si les relations sont émaillées de crises diplomatiques et qu’elles ne se sont jamais épanouies au niveau des populations, les liens sont suffisamment pérennes pour qu’il y ait une véritable confiance au niveau stratégique.

Mais avec ces deux premiers pays arabes à avoir fait la paix avec Israël, il y a aussi eu une autre occasion manquée : celle de l’économie. Ils sont plus pauvres et moins développés qu’Israël, mais n’en représentent pas moins des marchés qui auraient pu être optimisés. En 2018, Israël a exporté vers l’Egypte pour 111 millions de dollars, tandis qu’avec la Jordanie, la balance commerciale s’élevait à environ 600 millions de dollars. Et encore, une bonne partie des échanges entrait dans le cadre  des accords dits « QIZ » – Qualifying Industrial Zone – des zones franches de production industrielle situées en Egypte et en Jordanie et qui donnent à ces deux pays des conditions douanières préférentielles sur leurs exportations vers les Etats-Unis, à condition que leurs produits comportent des composants fabriqués en Israël ou dans les territoires palestiniens. Avec l’Egypte, les transactions gazières ont toutefois accru les échanges. Mais pour ce qui est de la Jordanie, c’étaient surtout de grands projets d’infrastructures, comme le canal Mer Rouge-Mer Morte, qui auraient dû booster les relations économiques, mais ces projets sont encore largement sur le papier.

Avec Bahreïn et les Emirats Arabes Unis, on est dans une toute autre configuration. D’abord parce qu’il s’agit de deux pays riches. Les Emirats sont une puissance pétrolière, la deuxième après l’Arabie Saoudite. Bahreïn est plus modeste, mais affiche tout de même un PIB par habitant supérieur à celui de la France. Et ces deux pays sont très intéressés par des relations économiques ouvertes avec Israël. Dès les années 90, un premier rapprochement s’était amorcé avec le processus diplomatique israélo-palestinien, mais il s’était interrompu au début des années 2000. Les transactions commerciales n’avaient pas totalement cessé pour autant, mais s’opéraient désormais via des sociétés écrans, boycott arabe oblige, sauf pour le Bahreïn. En 2018, Israël a exporté pour 260 millions de dollars vers les Emirats.

Les deux pays du Golfe souhaitent évidemment se fournir en technologie israélienne, mais ne négligent pas pour autant d’autres secteurs. Une société émiratie vient d’ailleurs de passer un accord avec les chantiers navals d’Israël pour poser ensemble leur candidature à l’appel d’offres sur la privatisation du port de Haïfa.

Quelques jours après l’annonce de la normalisation des relations entre Israël et les émirats, l’équivalent israélien de la Coface avait enquêté auprès des exportateurs israéliens. Près de 82% d’entre eux s’étaient déclarés intéressés à vendre aux Emirats, dans les domaines de la technologie, de l’agriculture, de l’eau et de la santé. D’ailleurs, même l’opinion israélienne voit dans ce rapprochement avec deux Etats arabes en priorité une chance pour leur économie, loin devant les considérations sécuritaires.

Pascale Zonszain