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Une sortie chinoise

Soyons clairs. C’est encore un épisode dans la guerre commerciale qui oppose la Chine aux Etats-Unis. Israël se fait moins accommodant pour les firmes chinoises qui cherchent à étendre leur influence sur son sol. Et c’est en grande partie le résultat des pressions américaines. Les autorités israéliennes ont d’ailleurs trouvé une méthode efficace et éprouvée pour décourager les Chinois: le silence radio. Cela fait bientôt un an que le groupe Hutchison attend une réponse à se demande de validation de prise de contrôle de l’opérateur de téléphonie Partner. A la direction du géant chinois, on a compris le message: le gouvernement israélien ne donnera pas son feu vert.

C’est le deuxième revers pour Hutchison en l’espace de quelques mois. En mai dernier, c’est un appel d’offres pour la construction de la centrale d’adoucissement d’eau de mer de Sorek 2, qui lui est passé sous le nez. Et ce n’est pas vraiment l’effet du hasard, puisque le verdict était tombé peu après la visite du Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo. Officiellement pour évoquer avec les dirigeants israéliens le plan d’extension de la souveraineté sur les implantations de Judée Samarie. Mais en réalité, c’était bien pour persuader Jérusalem de freiner l’expansion de la Chine dans l’économie israélienne. Le groupe Hutchison est déjà présent sur le marché de la désalinisation en Israël, et le site de Sorek 2, lui en aurait donné le contrôle de près d’un tiers.

C’est justement sur l’insistance de Washington, qu’Israël a mis en place au début de l’année un département du ministère des Finances, chargé d’étudier et de surveiller les investissements étrangers en Israël, en particulier dans les secteurs stratégiques, et en particulier ceux de la Chine.

Pour en revenir à Hutchison, le groupe chinois était déjà présent il y a vingt ans, au capital de la firme Partner, lors de sa création. Il pensait donc que sa rentrée majoritaire serait une simple formalité. Seulement, les communications sont évidemment aussi un secteur stratégique de l’économie, d’autant que la Chine tente un peu partout dans le monde de gagner des marchés d’équipement en 5G. On sait que là aussi les Etats-Unis font campagne auprès de tous leurs alliés, dont Israël, pour qu’ils évitent la technologie chinoise, qu’ils considèrent d’abord comme un outil d’espionnage. Donc, la firme chinoise semble avoir compris qu’elle devra se dessaisir de ses parts dans l’opérateur israélien Partner. Elle attend seulement des jours meilleurs pour les revendre au plus haut.

L’influence chinoise sur l’économie israélienne fait régulièrement l’objet de débats. Mais c’est surtout depuis que l’administration Trump a fait de la guerre commerciale contre la Chine une de ses priorités, qu’Israël est devenu plus circonspect. La Chine reste un partenaire économique qu’il serait dommage de s’aliéner. Un accord est même en cours de négociation pour réduire les taxes à l’importation des automobiles chinoises en Israël. Sans compter ce qu’Israël peut exporter vers le géant asiatique. Un équilibre délicat à trouver, entre Pékin et Washington, mais vital, surtout en cette période d’incertitude économique.

Pascale Zonszain