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La mission de Pessah

La mission de Pessah

Il y a d’abord tout ce qui manque. L’odeur de pain grillé qui envahit l’air quand les familles brûlent traditionnellement le Hametz sur le bord des trottoirs. Les bruits de faïences qui s’entrechoquent sur les chariots et dans les cartons que l’on porte au coin de la rue, où des jeunes se font un peu d’argent de poche en ébouillantant la vaisselle dans de grandes marmites posées sur des braseros. La foule qui se presse aux arrêts de bus, des soldats avec leur énorme sac à dos qui rentrent en permission chez leurs parents, des voyageurs embarrassés entre leur valise à roulettes et les cadeaux qu’ils vont apporter pour passer le Séder en famille, ou simplement les sacs de provisions qu’ils rapportent du marché. Les autocars qui déversent devant les hôtels les touristes et les familles qui viennent y passer la fête.

Tout ce qui fait partie des préparatifs de Pessah a disparu cette année des rues de Jérusalem et des autres villes d’Israël, pour cause de confinement général. Comme dans le reste du monde, l’épidémie de Covid-19 a imposé sa loi. Ceux qui se risquent au dehors, avec masque de protection et gants chirurgicaux, font leurs dernières courses avant le couvre-feu. La police contrôle piétons et automobilistes pour s’assurer qu’ils respectent les consignes. Une atmosphère étrange, comme celle qui précéderait un saut dans l’inconnu.

Comment va-t-on célébrer la fête qui marque la libération du peuple juif, la fin de la servitude en Egypte, sans partager cette nuit avec tous les membres de la famille, réunis autour de la table ? Comment pourra-t-on se réjouir alors que les plus âgés et les plus vulnérables devront rester seuls chez eux, ou dans les maisons de retraite ? Comment se sentir l’esprit libre, alors que policiers et soldats devront rester sur les routes et que les personnels soignants se relayeront au chevet des malades dans les hôpitaux ?

C’est une fois encore l’esprit de solidarité qui permet aux Israéliens de traverser l’épreuve. Et les initiatives ne manquent pas, même quand l’efficacité laisse à désirer. Des milliers de soldats de Tsahal ont été mobilisés pour assurer l’approvisionnement de ceux qui ne peuvent plus sortir de chez eux. Des associations, mais aussi des organisations spontanées de volontaires se sont mises en place pour aller livrer des colis de vivres, rapporter des médicaments de la pharmacie, faire le tour des personnes âgées isolées pour vérifier qu’elles ne manquent de rien. Dans les quartiers, sur les réseaux sociaux, on bat le rappel des bénévoles. Dans les immeubles, on frappe aux portes des voisins pour s’assurer que tout va bien.

Pour tromper l’impression de solitude et d’isolement, il y a ceux qui partageront la lecture de la Haggadah en vidéo, ceux qui laisseront les fenêtres ouvertes pour que leurs chants se mêlent à ceux de leurs voisins. Séparés mais ensemble. La notion de peuple est mise à l’épreuve par le coronavirus. Mais peuple ne veut pas seulement dire rassemblement. Il veut dire aussi responsabilité mutuelle. Etre responsable de l’autre, pour que la vie reprenne, pour tous, le plus vite possible. Une belle mission en somme, pour la fête de Pessah. Hag Sameah !

Pascale Zonszain