Benny Gantz a finalement opté pour un compromis avec Benyamin Netanyahou (Crédit: DR)

Israël enfin vers un gouvernement

Ce qu’il y a de bien avec la politique israélienne, c’est qu’elle n’est jamais à court de coups de théâtre, ni de coups tordus. On le savait depuis que les deux scrutins précédents avaient échoué à aboutir à un gouvernement, les législatives du 2 mars suivraient la même trajectoire si le rapport des forces en présence restait inchangé, ou en d’autres termes, si personne ne revenait sur sa promesse.

C’est donc Benny Gantz qui a rompu son engagement de ne pas siéger dans un gouvernement dirigé par un Premier ministre inculpé de corruption. Car l’ancien chef d’état-major a compris qu’il devait faire un choix : soit devenir Premier ministre, soit empêcher Benyamin Netanyahou de gouverner, car il n’aurait pas les moyens de faire les deux.

Petit rappel : le bloc Bleu Blanc, parti travailliste, Meretz et Liste Arabe avait obtenu 62 sièges à la Knesset. Cela lui donnait le poids nécessaire pour contrôler le Parlement, élire un président de l’assemblée de son camp, prendre la direction des commissions les plus importantes et aussi voter des lois qui pourraient empêcher Netanyahou de former un gouvernement et de se représenter à une quatrième élection.

Mais dans le même temps, ce bloc de centre-gauche n’avait pas la majorité pour former un gouvernement, puisque trois de ses élus refusaient de soutenir une coalition, qui reposerait sur la participation des députés arabes.

Compromis

Donc, Benny Gantz a opté pour le compromis qui lui permettrait d’arriver au fauteuil de Premier ministre : un gouvernement d’union avec le Likoud et une rotation à la tête de l’exécutif, dont il prendra la tête dans environ dix-huit mois. Mais ce choix, Benny Gantz l’a fait contre l’avis de ses principaux partenaires. S’il garde avec lui le deuxième chef d’état-major Gabi Ashkenazi, qui devrait le suivre dans le gouvernement d’union, il se sépare en revanche des deux autres leaders centristes, Yaïr Lapid et le troisième chef d’état-major Moshe Yaalon.

Une fois que la dynamique était lancée, tout l’édifice centriste s’est littéralement effondré par un effet dominos en quelques minutes. Les deux partis qui avaient scellé l’alliance avec le parti de Benny Gantz ont redemandé leur indépendance parlementaire à la Knesset.

C’est donc la fin de la liste centriste Bleu Blanc. Benny Gantz avec ses 15 sièges peut maintenant faire alliance séparée avec le bloc de droite, qui conserve l’intégralité de ses 58 députés, ce qui porte la future coalition à 73 mandats au Parlement, lui assurant ainsi une large majorité.

L’électorat de Bleu Blanc qui avait espéré un départ de Benyamin Netanyahou se sentira sans doute floué de son vote, mais la composition de la Knesset pouvait difficilement déboucher sur une formule qui respecte la volonté de tous les électeurs, sauf à retourner une quatrième fois aux élections. Et ce scénario catastrophe dans le contexte terrible de l’épidémie de corona, personne n’en voulait. Moralité : en choisissant la voie du compromis, Benny Gantz a débloqué la machine. Maintenant, toutes les énergies pourront se recentrer sur l’essentiel : rétablir le fonctionnement normal des institutions, pour combattre la crise sanitaire et ses répercussions économiques. Et il y avait urgence.

Pascale Zonszain