Le Shin Bet suit les Israéliens porteurs du coronavirus (Crédit: DR)

Le Shin Beth contre le coronavirus

Big Data ou Big Brother ? En Israël, l’utilisation des données téléphoniques pour lutter contre la propagation du coronavirus, fait entrer la crise sanitaire dans une nouvelle dimension. Sur le principe, l’idée présente indéniablement des aspects positifs. Il s’agit d’exploiter la technologie déjà utilisée par le Shin Beth, les services de sécurité intérieure, pour localiser les sujets qui ont été en contact avec un malade pour les avertir de se mettre à l’isolement et de prendre les mesures nécessaires pour éviter une contamination ultérieure de leurs proches.

Quand une personne a été identifiée comme contaminée par le Covid-19,  ou simplement comme confinée, après qu’elle a été enregistrée comme telle par les autorités sanitaires, son téléphone va permettre de reconstituer ses déplacements dans les deux semaines qui ont précédé le diagnostic. En suivant chaque antenne relais que son appareil aura accrochée, il suffira d’identifier les autres téléphones qui se seront trouvés au même instant dans le même rayon de dix mètres, et de prévenir leurs titulaires qu’ils ont croisé un malade.

C’est la technique que le Shin Beth emploie pour retracer le parcours et les contacts de terroristes recherchés, lui permettant de reconstituer leurs mouvements et d’identifier leurs éventuels complices, et de prévenir des attaques ou de démanteler un réseau. Le Shin Beth pourra également utiliser les autres outils dont il dispose dans la lutte antiterroriste, comme les caméras de surveillance dans les lieux publics. A ce stade, il n’est pas prévu d’entrer dans le contenu des téléphones et notamment des conversations et messages.

Cette mesure inédite a également été prise dans des circonstances inédites. Pour permettre au Shin Beth d’étendre ses compétences, il faut une autorisation spéciale de la sous-commission parlementaire de la Défense, en d’autres termes, celles qui est chargée des affaires de renseignements. Seulement voilà, la commission n’a pas eu le temps de prendre sa décision lundi, avant l’investiture de la nouvelle Knesset, qui depuis, n’a pas eu le temps de désigner une nouvelle commission. C’est donc le gouvernement qui a pris la décision, dans le cadre de l’état d’urgence.

Si personne ne remet en question la nécessité d’utiliser tous les moyens possibles pour protéger la population, cela n’annule pas pour autant la protection des libertés fondamentales et en particulier celle de la vie privée. Les données analysées ne seront transmises qu’à quelques personnes habilitées au ministère de la Santé et devront être détruites au bout de soixante jours. Mais il faut savoir que le Shin Beth, placé sous la tutelle directe du Premier ministre, n’est pas précisément une organisation réputée pour sa transparence, sécurité nationale oblige.

Cette fois, il s’agit de sécurité sanitaire, même si la lutte contre le coronavirus s’apparente à une guerre contre un ennemi invisible, comme l’a déclaré Benyamin Netanyahou. Malgré l’urgence, il faudra donc veiller à mettre en place, le plus vite possible, un dispositif de contrôle de l’usage et de la destruction des données collectées.

Pascale Zonszain