Les arabes israéliens participeront-ils à la coalition ? (Crédit: DR)

Les Arabes israéliens et la coalition gouvernementale

La classe politique israélienne va-t-elle finalement franchir sa ligne rouge de l’entrée des partis arabes dans la coalition ? La question occupe d’ailleurs aussi bien les élus sionistes que les élus arabes pour les répercussions qu’elle est susceptibles d’entrainer. Le numéro deux de Bleu Blanc et leader du parti Yesh Atid, Yaïr Lapid, avait tenu à minimiser le rôle de la Liste Arabe dans la formation du gouvernement que propose son camp. Ce sera l’affaire d’un seul vote à la Knesset et ça n’ira pas plus loin, a-t-il assuré. Il faut rappeler que tout au long de la campagne électorale, la liste centriste avait affirmé qu’elle ne ferait pas alliance avec les partis arabes et ne solliciterait pas son soutien.

Le score réalisé par le bloc de centre-gauche au scrutin du 2 mars s’est révélé insuffisant pour former une coalition et a donc remis à l’ordre du jour la question du soutien arabe pour contrer un gouvernement de droite formé par Benyamin Netanyahou. On l’a vu, l’éventualité d’un recours aux députés arabes ne fait pas l’unanimité dans le camp centriste et même la liste de gauche s’est fissurée depuis que la dirigeante du parti Gesher, Orly Levy-Abécassis, a annoncé qu’elle s’opposait à tout accord avec les partis arabes. La députée était déjà un électron libre de la classe politique israélienne, puisqu’elle avait quitté le parti d’Avigdor Liberman, avant de s’allier avec les Travaillistes. Elle n’en est donc pas à son premier zigzag politique.

D’autre part, les partis arabes eux-mêmes sont face à un dilemme. D’abord, il faut rappeler que la Liste Arabe Unifiée, comme son nom l’indique, n’est pas un parti unique, mais le regroupement de quatre partis différents. Le parti Hadash, seul à comprendre des Arabes et des Juifs, est l’émanation du parti communiste. Le parti Taal, dirigé par Ahmed Tibi, se présente comme nationaliste et laïc et prône un Etat de tous ses citoyens, qui retirerait à Israël son caractère d’Etat nation du peuple juif. Le parti, Balad également nationaliste et sans programme ouvertement religieux, aspire à un Etat panarabe. Et enfin le parti Raam, est l’expression politique du Mouvement islamique, proche de l’idéologie du Hamas et des Frères Musulmans. Aucun de ces partis n’accepte le sionisme, mais tous s’inscrivent dans le jeu démocratique israélien et participent à la vie parlementaire.

Leurs différences se retrouvent dans la société arabe israélienne elle-même, qui définit son identité sur des critères qui vont de la citoyenneté israélienne à l’appartenance à la nation arabe, en passant par l’identité palestinienne et surtout religieuse, pour la majorité de la population musulmane. Selon les périodes, les Arabes israéliens se définiront plus comme musulmans, ou comme Arabes, voire comme palestiniens dans les phases de tensions sécuritaires entre Israël et ses voisins. Mais les citoyens arabes israéliens, qui ont à une écrasante majorité voté pour la Liste Arabe veulent aussi que leurs élus se décident à représenter concrètement leurs intérêts au lieu d’être seulement les porte-voix des intérêts palestiniens. Il faut dire que les députés arabes de la Knesset ont  toujours un problème de légitimité face aux Palestiniens et au reste du monde arabe, qui explique aussi leur réticence à entrer dans le jeu politique.

Pascale Zonszain