3e élections en moins d'un an en Israël, sous la menace du coronavirus (Crédit: Maguen David Adom)

Elections israéliennes à l’ombre du coronavirus

C’est reparti pour un tour. Ce 2 mars, 6 millions 453.255 électeurs israéliens sont appelés aux urnes, pour élire leur troisième Knesset en l’espace de onze mois. Un total de 24 listes va se disputer les suffrages des électeurs, même si en réalité, l’échéance va se jouer entre les huit partis déjà représentés au parlement israélien. La plupart des bureaux de vote seront ouverts jusqu’à 22 heures, heure d’Israël, soit 21 heures, heure française. Ce n’est qu’alors que les chaines de télévision publieront leurs premières projections et sondages sortie des urnes. Lors des deux précédents scrutins, ces premières estimations avaient donné un reflet assez fidèle de la réalité.

Evidemment, cette année, la curiosité sera l’entrée du facteur coronavirus dans l’équation politique. Israël est d’ailleurs le premier pays à tenir une échéance électorale depuis l’éruption du Covid-19, si l’on exclut bien sûr le scrutin qui s’est tenu le mois dernier en Iran, pays qui s’était bien gardé de révéler la présence du virus sur son territoire. Donc, ce sont un peu moins de 6.000 personnes, actuellement en confinement à domicile qui pourront tout de même voter aujourd’hui dans 16 bureaux de vote spécialement mis à leur disposition, en plusieurs points du pays. Ces bureaux de quarantaine ne seront accessibles qu’à ceux qui se sont fait connaitre auprès du ministère de la Santé, et surtout qui ne présentent aucun symptôme. Ils devront se rendre seuls au bureau de vote, le visage protégé par un masque, qu’ils ne retireront que pour être identifiés par les assesseurs, qui eux, porteront combinaison et masque, et n’approcher personne à moins de deux mètres. Ils devront également se passer les mains au gel désinfectant, puis enfiler des gants. Ils écriront leurs coordonnées sur une enveloppe au moyen d’un stylo qui sera jeté aussitôt après. Leur bulletin sera placé dans une double enveloppe. Ce n’est qu’en sortant de l’isoloir qu’ils pourront retirer leur masque. Ce sont des personnels médicaux, étudiants en médecine ou paramédicaux qui sont affectés à ces bureaux spéciaux. Quant à la récupération et au dépouillement des bulletins, ils devront aussi être effectués dans des conditions totalement stériles.

Toutes ces mesures ont été prévues depuis plusieurs semaines par la Commission électorale en coordination avec le ministère de la Santé, autant pour permettre aux Israéliens en isolement de pouvoir accomplir leur droit civique, que pour persuader le reste de la population qu’elle peut se rendre aux urnes sans risque. En fin de semaine, les sondages indiquaient pourtant qu’environ 7% des électeurs pensaient ne pas aller voter, par crainte de contamination au coronavirus. Il faut dire qu’outre la menace sanitaire, le taux de participation sera un facteur déterminant pour ce 3e scrutin législatif. Si les Israéliens ont été plus nombreux à se rendre aux urnes en septembre qu’au scrutin d’avril, il n’est pas certain qu’ils soient aussi motivés pour cette nouvelle échéance. Chaque parti va donc battre le rappel de son électorat jusqu’à la dernière minute. Le Likoud sait qu’il avait perdu des voix précieuses en septembre, quand dans plusieurs de ses bastions traditionnels, de nombreux électeurs avaient préféré rester à la maison. Même crainte du côté des centristes de Bleu Blanc, qui regardent avec inquiétude du côté des grandes villes comme Tel Aviv, dont 120.000 électeurs n’étaient pas aller voter en septembre. L’équivalent de trois mandats perdus. De quoi décider de la victoire ou de la défaite des deux principaux partis.

Pascale Zonszain