Benyamin Netanyahou a indiqué qu'une collaboration israélo-américaine était en cours (Crédits: GPO Israel, Haim Zah).

Netanyahou entre le marteau électoral et l’enclume diplomatique

Le calendrier diplomatique et le calendrier électoral ne sont pas toujours synchronisés. Le Premier ministre israélien l’a constaté à ses dépens. Depuis qu’il a été reçu par Donald Trump à la fin du mois dernier pour la présentation de son plan de paix, Benyamin Netanyahou peine à retirer le bénéfice qu’il escomptait de la vision américaine de la paix israélo-palestinienne.

Lui qui avait fait du projet d’annexion de la Dépression du Jourdain et du nord de la Mer Morte un argument électoral, et qui espérait renforcer son avantage en apparaissant comme celui qui rapportait la paix de Washington, se retrouve pris en étau entre diplomatie et politique intérieure. La publication du plan du président américain est intervenue trop tôt sur le calendrier électoral, vu la confusion qu’elle a entrainée. Alors que le Premier ministre israélien pensait pouvoir acter l’application de la souveraineté sur une partie des localités de Judée Samarie, il s’est vu couper l’herbe sous le pied par l’administration américaine. Interdiction de bouger avant les élections du 2 mars, lui a-t-on fait savoir sans ménagement.

La Maison Blanche avance à son propre rythme et l’imminence du scrutin législatif israélien ne fait pas partie de ses paramètres. Les Américains ont besoin de temps pour calmer les inquiétudes de leurs alliés arabes et ne veulent pas se retrouver contraints d’opposer leur véto à une résolution de condamnation d’Israël au Conseil de Sécurité de l’ONU, surtout pour un résultat nul. Car une initiative unilatérale de Jérusalem aurait pour effet de faire définitivement voler en éclats le plan du chef de la Maison Blanche.

Mais de son côté, Benyamin Netanyahou a compris qu’il risquait gros. Soit obtempérer aux ordres des Américains, au risque de faire éclater son alliance électorale. Soit passer outre et faire voter l’annexion de la Dépression du Jourdain et du nord de la Mer Morte, comme lui demandent ses alliés nationalistes et les responsables des implantations, et perdre alors le soutien des Etats-Unis.

L’offre américaine de souveraineté d’Israël sur les localités juives de Judée Samarie ne sera reconnue que par les Etats-Unis, comme c’est déjà le cas pour Jérusalem et le Plateau du Golan. Mais cette fois, elle pourrait n’être reconnue qu’à ses conditions préalables et non comme un fait accompli.

Dans tous les cas, la droite sioniste religieuse n’acceptera pas la contrepartie du plan américain qui prévoit la création d’un Etat palestinien sur 70% de la Cisjordanie et sur la Bande de Gaza. Mais les Etats-Unis estiment sans doute que la dynamique générée par la publication du plan peut modifier les rapports de forces sur l’échiquier politique israélien et faire émerger, après les élections, une coalition qui lui serait plus favorable, qu’elle soit ou non dirigée par Benyamin Netanyahou.

C’est probablement pour limiter les risques diplomatiques et pour ne pas perdre toutes ses chances sur le front politique, que le Premier ministre Likoud a annoncé qu’il renonçait à l’annexion avant les élections.

Pascale Zonszain