Le président du Conseil souverain du Soudan, le général Abdel Fattah al-Burhan (Crédit: DR.)

Pourquoi le Soudan se rapproche d’Israël

Qui aurait cru que l’on verrait un jour la fin des « trois non de Khartoum » ? Car en Israël, l’évocation du Soudan rappelle d’abord le premier sommet de la Ligue Arabe réuni après la victoire de la guerre des Six Jours et sa résolution restée fameuse : « Non à la paix avec Israël. Non à la reconnaissance d’Israël. Non à la négociation avec Israël ». Les trois non.

Evidemment, depuis, deux Etats arabes, l’Egypte et la Jordanie ont négocié, reconnu et fait la paix avec Israël. Les Palestiniens ont entamé un processus de règlement du conflit et les relations avec nombre d’Etats sunnites se sont, sinon normalisées, en tout cas amorcées.

Mais la capitale soudanaise restait le symbole de ce front du refus. Et le Soudan l’eldorado des organisations terroristes, OLP inclus, qui venaient s’y approvisionner et s’y entrainer. Sans compter que le pays arabe d’Afrique de l’est servait aussi de base avancée de l’Iran en Mer Rouge. C’était ainsi qu’il pouvait notamment fournir des armes au Hamas, qui remontaient vers le Sinaï par convois routiers. Ce sont plusieurs de ces cargaisons qui ont été détruites par Israël lors de frappes de son aviation entre 2009 et 2014, dont des missiles de longue portée qui devaient armer l’organisation terroriste palestinienne de la Bande de Gaza.

Avec le coup d’état militaire qui a mis fin au régime d’Omar el Bashir en avril dernier, la destitution du dictateur accusé de génocide pour ses exactions au Darfour, la possibilité d’un changement de cap stratégique a commencé à émerger, alors que de premiers signes avaient déjà été donnés par le dictateur soudanais avant sa destitution. Lors de la visite à Jérusalem du président du Tchad Idriss Deby, un autre pays longtemps hostile à Israël, on avait déjà évoqué officieusement la possibilité pour les avions de ligne israéliens de survoler le Soudan, et raccourcir ainsi leur trajet vers l’Amérique du Sud.

Contrairement à d’autres Etats d’Afrique, le Soudan n’a jamais reconnu, ni entretenu de relations diplomatiques avec Israël. La rencontre, lundi à Entebbe, entre Benyamin Netanyahou et le général Abdel Fatah Burhan, à la tête du gouvernement de transition, est donc la première du genre entre des dirigeants soudanais et israéliens.

Le général Burhan a déjà pris ses distances avec l’Iran, à qui il reproche son implication dans la guerre civile au Yémen, pour se rapprocher des Etats-Unis. Et il a apparemment compris qu’un des moyens d’entrer dans les bonnes grâces de Washington, passerait par un rapprochement avec Israël. Le dirigeant soudanais doit d’ailleurs se rendre dans quelques jours dans la capitale fédérale, invité par le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo.

C’est le président ougandais Museveni qui a facilité et accepté d’accueillir la rencontre entre Netanyahou et al Burhan, que ce dernier a d’ailleurs dissimulée jusqu’au dernier moment, y compris à son propre gouvernement.

C’est en tout cas la poursuite de la politique du chef du gouvernement israélien, entamée depuis trois ans, de restauration des liens entre Israël et l’Afrique, qui avaient été rompus sous la pression des pays arabes après la guerre de 1973.

Pascale Zonzsain