Arabes Israéliens . Source: DR.

Les Arabes du Triangle veulent rester Israéliens

A première vue, l’événement peut sembler incohérent. Samedi en Galilée, trois mille Arabes israéliens ont défilé en brandissant des drapeaux palestiniens, contre le plan de paix de Donald Trump, parce qu’ils veulent rester israéliens.

Ils protestaient contre l’une de ses propositions qui « envisage la possibilité, sous réserve de l’accord des deux parties, que les frontières d’Israël puissent être redessinées de façon que les agglomérations du Triangle fassent partie de l’Etat palestinien. Dans cet accord, les droits civiques des habitants de ces localités seraient soumis au système légal et judiciaire des autorités compétentes ». Voilà pour les termes du texte américain.

Cela signifie que onze communautés arabes israéliennes de ce que l’on appelle donc  le « Triangle », c’est-à-dire situées dans une zone qui s’étend du nord-est de Tel Aviv au sud-est de Netanya, le long de la ligne Verte, pourraient passer sous souveraineté palestinienne. Le projet américain justifie cette option en expliquant qu’historiquement, la frontière israélienne aurait dû passer à l’ouest de ces localités, lors du cessez-le-feu avec la Jordanie en 1949, mais qu’Israël avait préféré les conserver pour raisons de sécurité. Et ajoute que leurs habitants s’identifient plus comme Palestiniens, que comme Israéliens.

Si la proposition a donc fait bondir les élus et représentants de la minorité arabe israélienne, ce n’est évidemment pas dans un sursaut de sionisme. Aucun parti arabe israélien ne souscrit au principe de l’Etat nation du peuple juif. En revanche, tous réclament l’égalité de tous les citoyens. Pour eux, idéalement, Israël devra adopter une forme d’Etat binational, qui pourra continuer à exister à côté d’un Etat palestinien indépendant. Dans cette optique, il n’y a donc aucune justification à renoncer à la citoyenneté israélienne au profit de la palestinienne.

Pour la population arabe israélienne, l’enjeu est moins idéologique, mais plus pragmatique. Les habitants des localités du Triangle sont israéliens depuis près de 70 ans. C’est en Israël qu’ils ont leur centre de vie, qu’ils participent à l’économie et qu’ils bénéficient d’une couverture sociale et de droits civiques dans des conditions qu’ils n’auraient surement pas dans un Etat palestinien.

Quant à leur perception identitaire, si elle peut fluctuer au fil des crises politiques, elle ne perd jamais sa dimension israélienne. Les Arabes israéliens se définissent alternativement par leur appartenance à la nation arabe, comme des Palestiniens d’Israël, voire selon leur religion, mais aussi comme des citoyens d’Israël, dans un ordre qui peut varier. Et même s’ils votent majoritairement pour des partis arabes à la Knesset, ils reprochent régulièrement à leurs élus de faire passer les intérêts des Palestiniens avant les leurs. Et les Arabes israéliens se disent, à une très large majorité, satisfaits d’être citoyens israéliens.

Voilà ce qui explique la colère des Arabes israéliens, qui n’ont pas non plus apprécié d’être considérés comme des pions sur l’échiquier diplomatique. Et qui tiennent aux valeurs que leur a données la démocratie israélienne.

Pascale Zonszain