Benyamin Netanyahou et Donald Trump. Source: Twitter du bureau du Premier Ministre israélien.

L’économie pour la paix

On devrait connaitre dans les prochaines heures le détail du plan que prépare l’administration Trump depuis bientôt quatre ans. Fruit d’une doctrine différente de celles des présidences précédentes, le « deal du siècle » voulu par Donald Trump est conçu comme un accord commercial plutôt que comme un compromis diplomatique.

En juin dernier, les Etats-Unis en avaient donné un avant-goût à la Conférence « Prospérité pour la Paix », qu’ils avaient convoquée à Bahreïn. L’événement s’était déroulé en présence de délégués arabes sunnites, mais sans Israël, que les Américains avaient dissuadé de venir puisque les Palestiniens avaient décidé de boycotter le sommet.

On avait alors vu exposer un plan américain axé sur 50 milliards de dollars d’investissement dans des projets d’infrastructures dans les Territoires palestiniens, mais aussi en Jordanie, en Egypte et au Liban. Pas moins de 180 projets avaient été inclus dans le plan. L’idée était que l’amélioration des conditions économiques contribuerait à désamorcer les tensions autour des enjeux politiques et territoriaux.

Si les pays arabes sunnites modérés acceptent de se rapprocher d’Israël, cela créera une dynamique qui facilitera un soutien à un accord israélo-palestinien. Une logique qui va d’ailleurs dans le sens de l’évolution régionale récente, où l’on voit notamment les monarchies du Golfe multiplier les points de contact avec Israël. D’abord sur la coopération sécuritaire et stratégique face à la menace commune de l’Iran. Puis par un développement des relations commerciales, encore discret, mais de plus en plus concret. Il est assez intéressant de noter que c’est justement hier que le ministre israélien de l’Intérieur a décidé d’autoriser pour la première fois les déplacements de citoyens israéliens en Arabie Saoudite, rigoureusement interdits jusque-là. Si la mesure est destinée aux musulmans israéliens qui pourront ainsi faire le pèlerinage de la Mecque, elle s’applique aussi aux entrepreneurs qui veulent faire des affaires avec le royaume.

Si cette approche de normalisation économique est rejetée par la direction palestinienne, il faut pourtant constater qu’elle fait déjà l’essentiel de ses relations avec Israël. Depuis que le processus diplomatique s’est totalement interrompu il y a près de six ans, Israël et l’Autorité Palestinienne ont réduit leurs échanges à la coordination sécuritaire, mais aussi à l’économie, ce qui a permis aux Palestiniens de Judée-Samarie de connaitre une période de calme et de développement relatif. Environ 15.000 Palestiniens travaillent journellement en Israël. Sans compter les parcs industriels et technologiques israéliens de Judée Samarie qui emploient du personnel palestinien. L’Autorité Palestinienne se fournit auprès d’Israël en produits manufacturés, agroalimentaire et énergie, soit deux tiers des importations palestiniennes, même si le gouvernement de Ramallah multiplie les campagnes en vue de détourner les consommateurs palestiniens des produits israéliens. Le volume des échanges est d’environ 20 milliards de shékels annuels, soit un peu moins de 7 milliards d’euros.

Pascale Zonszain