La Radio Juive

Forum de la Shoah, Jérusalem capitale du monde

Près de 50 dirigeants internationaux ont participé au 5e Forum sur la Shoah, organisé à Jérusalem le 23 janvier (Crédit: GPO Koby Gideon)

Jérusalem aura été pour une journée la capitale du monde. Durant quatre heures, les dirigeants des principales puissances d’Europe et du monde sont restés assis sous une seule tente, dressée pour eux devant le monument du soulèvement du Ghetto de Varsovie, au Mémorial de Yad Vashem. Ils ont parlé, ils ont écouté.

Ils ont écouté leurs engagements mutuels à préserver la mémoire de la Shoah et à lutter contre la résurgence de l’antisémitisme. Ils ont dit que le monde ne devait pas oublier, qu’il était de leur responsabilité de faire en sorte que l’abomination de la Shoah ne se reproduise jamais. Les discours successifs des dirigeants israéliens, russe, américain, français et même allemand, ont presque fini par se confondre.

Jusqu’à ce que l’ancien grand rabbin d’Israël, Israël Meir Lau monte à la tribune, comme s’il s’adressait aux fidèles de sa synagogue pour l’office du Shabbat. Sans discours et sans note, il a simplement raconté comment il y a 25 ans, il avait été invité aux cérémonies du cinquantième anniversaire de la libération du camp de Buchenwald. Il était avec son frère Naftali, son grand frère qui l’avait protégé tout au long de leur détention. Meir Lau avait sept ans et demi quand le camp a été libéré. Son frère n’était guère plus vieux. « On m’a demandé si je pouvais oublier, si je pouvais pardonner. Pardonner, je n’en ai pas le droit. Quand j’ai été séparé de ma mère, elle ne m’a pas dit que je pouvais pardonner. Elle m’a seulement dit de ne pas briser la chaine de 37 générations de rabbins. Tu es le 38e. Grandis, vis et étudie. Oublier ? Comment peut-on oublier les coups, la faim, le froid, la souffrance ? » a raconté le rav Lau.

Retour à l’Arche de Noé

Puis le grand rabbin, avec son sourire, a interpellé l’assistance pour leur rappeler l’histoire de l’Arche de Noé. Durant 150 jours, les hommes, les serpents, les lions, les tigres, tous ont vécu en bonne intelligence, car ils avaient compris qu’ils avaient un ennemi commun : le déluge. Ils ne se sont pas entretués. Ce qu’ils ont fait durant 150 jours, vous les puissants de ce monde pouvez le faire en une seule décision. Vous vous engagez à lutter contre l’antisémitisme et les fléaux qu’il entraine dans son sillage, la haine, la xénophobie, le racisme. Nous vous croyons. Prouvez que vous en êtes capables » leur a lancé l’ancien grand rabbin.

Ces mots de sagesse, ce sont ceux que l’on pouvait entendre aussi dans les rues de Jérusalem, où les habitants, bloqués aux barrages de police, coincés dans les embouteillages, massés aux arrêts de bus, tandis que la ville était paralysée par les dizaines de convois officiels. Même ceux qui pestaient contre ce protocole qui les empêchait de se rendre à leur travail ou d’aller faire leur marché. « Ils sont tous venus à Jérusalem. Les rois, les présidents, les princes ! C’est que nous avons quelque chose à leur dire » se félicitent deux retraités, qui attendent dans le froid de pouvoir traverser la rue, après le passage du cortège du vice-président américain. « Ce sont tous les Juifs du monde qui doivent venir ici » martèle un chauffeur de taxi, qui ramasse gratuitement des piétons épuisés pour leur faire parcourir quelques dizaines de mètres jusqu’au prochain barrage. Hier, Jérusalem était le centre du monde et ses habitants en étaient fiers

Pascale Zonzsain

LE 24-01-20 - 11:29