Emmanuel Macron au mur occidental. Source: Twitter du président français.

Emmanuel Macron en Israël: chronique des visites des présidents français

Le président français Emmanuel Macron se trouve actuellement en Israël pour une visite de deux jours dans le cadre du cinquième forum de la Shoah et les commémorations du 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Avant, le chef de l’Etat, certains de ses prédécesseurs se sont rendus dans l’Etat hébreu mais parfois les choses ne se sont pas réellement bien passées… Chronique des visites marquantes.

La plus houleuse: Jacques Chirac.

Ce 22 octobre 1996, le président Jacques Chirac est en visite dans la vieille ville de Jérusalem. C’est le premier déplacement d’un président occidental depuis l’élection de Yasser Arafat à la tête de l’Autorité Palestinienne en janvier 1996. L’organisation de ce voyage bute sur l’épineuse question de Jérusalem et de l’identité de ceux qui assureront sa sécurité. Les autorités israéliennes contrôlent la partie occidentale de la capitale israélienne et souhaitent que le président français soit escorté également dans la partie orientale. Elles avancent des raisons sécuritaires. En effet, un an après l’assassinat du Premier Ministre Yitshak Rabin, il faut que le président Chirac soit accompagné d’un service de sécurité digne de ce nom. Cependant, le chef de l’Etat français refuse.

Tout le monde a en tête cette célèbre tirade du chef de l’Etat en anglais: « What do you want ? Me to go back to my plane and go back to France ? Is that what you want ? Let them go, let them do. This is not a method. It is a provocation. That is provocation. Please you stop now. » (Que voulez-vous ? Que je retourne à mon avion et que je rentre en France ? C’est ce que vous voulez ? Laissez-les aller, laissez-les faire. Ce n’est pas une méthode. C’est une provocation. Ceci est une provocation. Arrêtez maintenant s’il vous plaît.)

La plus politique: François Mitterand

En ce 3 mars 1982, François Mitterand se rend en Israël. C’est la première visite d’un président français ou d’un chef de gouvernement français depuis la création de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948. Le lendemain, le 4, le chef de l’Etat prononce un discours à la Knesset. Tout en refusant de se poser en « arbitre ou en médiateur », François Mitterrand proclame « l’irréductible droit de vivre » du peuple juif, mais aussi « des peuples qui entourent » Israël, en particulier les Palestiniens de Gaza ou de Judée-Samarie et les Libanais. Le président français prône l’existence d’un Etat palestinien. Ce que le Premier Ministre israélien de l’époque, Menahem Begin, qualifie dans sa réponse, de « principal obstacle » à l’amitié franco-israélienne.

La plus amicale: Nicolas Sarkozy

Le président français est en poste depuis un peu plus d’un an et se déplace en Israël à l’occasion du 60e anniversaire de l’Etat hébreu pour une visite de trois jours. L’Hexagone va en plus assumer en juillet la présidence tournante de l’Union Européenne qui vient de décider d’approfondir ses relations avec Israël. C’est dans ce contexte que pour la troisième fois, un chef d’Etat français va effectuer une visite officielle dans l’Etat juif.

Par ailleurs, au ministère des Affaires étrangères israélien, on n’a jamais vu un président français autant s’attacher aux détails de la sécurité sur place. Nicolas Sarkozy est considéré comme un ami par les dirigeants israéliens. En effet, le président Shimon Pérès a été ébloui par son accueil grandiose en mars 2008 par sa descente des Champs-Elysées. « Sarkozy est un acteur pivot de la France, qui assume un rôle central en Europe. Un nouvel âge d’or dans nos relations avec Paris est donc possible, comme dans les années 1950 », a déclaré Shimon Pérès avant d’accueillir à Tel-Aviv son homologue français.

« Il est rare qu’un dirigeant européen soit reçu en Israël avec autant de chaleur et d’éclat », relève dans son éditorial le quotidien Haaretz, qui se félicite des positions françaises sur le droit de l’État hébreu à la sécurité et la nécessité de contrer la menace nucléaire iranienne. A son arrivée à l’aéroport Ben Gourion, le président est accueilli par Shimon Pérès, par le premier ministre Ehoud Olmert et l’ensemble de son équipe gouvernementale. Un accueil habituellement réservé aux présidents américains. Il est loin le temps où Jacques Chirac menaçait d’abréger sa visite après l’incident avec les soldats israéliens dans la vieille ville de Jérusalem. Nicolas Sarkozy a tenu à ne pas reproduire les erreurs de son prédécesseur en ne se rendant pas à Jérusalem-Est. Le président français choisit aussi de rendre visite au président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, à Bethléem et non pas à Ramallah.

Les médias israéliens s’intéressent également particulièrement à la femme du président, Carla Bruni Sarkozy, dont les chansons passent à la radio. « Carlo en visite en Israël, son mari aussi », a titré un quotidien. Le couple fascine et le président Shimon Pérès lui même en est tombé amoureux.

La plus équilibrée: François Hollande

D’un côté le côté chaleureux du dîner officiel avec le couple Netanyahou, de l’autre la froideur de cette phrase prononcé à la Knesset devant les députés israéliens: « La colonisation doit cesser car elle compromet la solution des deux États. » François Hollande en ce mois de novembre 2013 vient en ami. A son arrivée à l’aéroport de Tel Aviv, il lâche en hébreu: « Je suis votre ami et je le resterai toujours. »

Sa visite d’Etat aurait cependant pu tourner au vinaigre. Quelques jours avant la venue du président Hollande, le président de la Knesset, Yuli Edelstein, a piqué un coup de sang lorsqu’il a appris que le locataire de l’Elysée envisageait de ne pas s’exprimer devant la représentation israélienne. Finalement l’ancien premier secrétaire du Parti Socialiste se présentera devant les députés israéliens et aura cette petite pique: « La position de la France est connue: deux États pour deux peuples, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité avec Jérusalem comme capitale des deux États. Pour parvenir à un accord, la France demande l’arrêt total et définitif de la colonisation. » Avant d’ajouter: « Ceux qui défendent le statu quo font le calcul qu’il n’y aura jamais la paix. »

D’un autre côté, le dîner officiel avec le couple Netanyahou aura été chaleureux. Le président François Hollande déclare sa flamme au premier ministre israélien: « Si on m’avait dit que je viendrais en Israël et qu’en plus de faire la diplomatie, de la politique, j’aurais été obligé de chanter, plaisante alors François Hollande, je l’aurais fait. Pour l’amitié entre Benjamin et moi-même, pour Israël et pour la France, même en chantant aussi mal que je chante, car je chante mal, j’aurais toujours trouvé un chant d’amour d’amour pour Israël et pour ses dirigeants. »

Gabriel Attal