Une vue aérienne de la Vallée du Jourdain (Crédit: 2020 National Photo Collection)

La dépression du Jourdain bientôt annexée par Israël?

D’abord, il faut savoir de quoi on parle. La Dépression du Jourdain, ce n’est pas la Vallée du Jourdain, située plus au nord et qui a toujours fait partie des frontières de l’Etat d’Israël depuis 1949.

La Dépression du Jourdain a été conquise pendant la guerre des Six Jours de 1967. Il s’agit de la zone qui va de la rive nord de la Mer Morte et remonte vers le nord sur une centaine de kilomètres jusqu’au sud de Beth Shean, avec la frontière jordanienne à l’est et la Judée Samarie à l’ouest. Depuis les accords d’Oslo de 1993, cette région est à 90% en zone C, c’est-à-dire sous contrôle israélien, mais pas sous souveraineté israélienne. Elle est peuplée de 65.000 Palestiniens, majoritairement dans la ville de Jéricho et d’environ 15.000 Israéliens qui vivent principalement dans les communautés crées à partir des années 70 le long de la route 90 et d’autres sur les hauteurs, selon le plan établi à l’époque par Yigal Alon.

Dans la mesure où la Dépression du Jourdain marque une frontière naturelle avec la Jordanie, elle a toujours été considérée par Israël comme très importante d’un point de vue stratégique. Le Premier ministre Itzhak Rabin considérait d’ailleurs qu’elle était la « ceinture de sécurité d’Israël » et qu’elle devrait passer sous souveraineté israélienne lors de l’accord qui serait signé sur le statut définitif de l’Autorité Palestinienne.

Cet accord, on le sait n’a jamais été conclu. Pourtant, la Dépression du Jourdain fait partie des régions, comme les blocs d’implantations de Judée Samarie qui doivent devenir israéliennes à l’issue du règlement du conflit.

L’annexion de la Dépression du Jourdain est considérée comme un enjeu consensuel en Israël et qui ne serait pas contestée par les Etats-Unis, en tout cas pas par l’administration Trump, jusqu’ici favorable à Israël.

Benyamin Netanyahou en a fait un de ses arguments de campagne lors des deux dernières échéances électorales de 2019. Et le dirigeant du Likoud a remis l’annexion de la Dépression du Jourdain à l’ordre du jour de la campagne pour le scrutin du 2 mars. Mais si l’on en reparle maintenant, c’est aussi parce que le Premier ministre israélien y voit un moyen de reprendre la main alors que la Knesset doit voter en assemblée plénière mardi prochain la mise en place de la commission parlementaire qui doit examiner sa demande d’immunité. Sachant que l’actuelle composition du Parlement ne lui donnera pas de majorité en sa faveur pour soutenir l’immunité dont il a besoin pour retarder l’échéance de son procès, Benyamin Netanyahou veut profiter de ce que la Knesset sera réunie pour lui proposer de voter l’annexion de la Dépression du Jourdain.

Cette initiative ne fait pas les affaires du parti centriste Bleu Blanc, qui veut concentrer la campagne sur la situation judiciaire de Benyamin Netanyahou. Mais Benny Gantz a bien été obligé de prendre position. Le leader centriste a donc assuré qu’il était pour que la Dépression du Jourdain devienne israélienne, mais que le sujet serait traité après les élections et en coordination avec la communauté internationale. Le débat est lancé.